Lorsqu’à la fin des années 1990, la réalisatrice Monika Treut entreprend de réaliser un film sur le phénomène émergent des « trans » (transgenre, transsexualité), c’est à San Francisco, l’épicentre de la scène trans, qu’elle se dirige. Avec son documentaire Gendernauts (1999), elle a rendu un hommage cinématographique à tou∙te∙s les artistes fascinant∙e∙s qu’elle a rencontré∙e∙s au cours de son voyage au pays des nouveaux genres. Treut a dépeint des mélangeur∙euse∙s de genres et des cyborgs sexuel∙le∙s qui ont changé leur corps grâce à de nouvelles technologies et à la biochimie, et ont ainsi remis en question l’existence même du « masculin » et du « féminin ».
Plus de deux décennies plus tard, Treut retourne en Californie pour retrouver les protagonistes de Gendernauts : Sandy Stone, Susan Stryker, Stafford et Max Wolf Valerio, les pionnier∙ère∙s du mouvement trans des années 90. La plupart d’entre eux/elles vivaient à San Francisco, alors refuge pour les étranger∙ère∙s et faisant partie de l’avant-garde sexuelle. Aujourd’hui, ils/elles ont entre 58 et 84 ans et vivent ailleurs, pour la plupart. San Francisco est devenue la ville-dortoir des employé∙e∙s bien rémunéré∙e∙s de la Silicon Valley. Le mouvement alternatif s’est déplacé vers des villes moins chères.
Comment leur vie a‑t-elle changé au cours des années qui ont suivi ? Comment ces militant∙e∙s des droits civiques gèrent-ils/elles la politique conservatrice de droite qui menace les droits durement acquis des minorités sociales ? Gendernauts revient sur une époque qui semble désormais utopique et nous montre la résistance créative des gendernautes face aux conditions de vie difficiles des personnes trans.