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Arts visuels Marie Paccou

Surprise ! Après les flip-books, vous allez découvrir Marie Paccou sous un tout autre angle…
© Marie Paccou

Du 20.01 au 11.02, les visiteur·euse·s de l’exposition Turn On plongeront dans l’univers des animations phonotropes avec une quinzaine d’artistes venus du Luxembourg et d’ailleurs. Parmi eux, on retrouve Marie Paccou, artiste connue principalement pour ses courts-métrages d’animation. Son nom vous dit peut-être quelque chose : c’est en effet après son premier passage aux Rotondes pendant Flip Off, qu’elle revient cette année pour Turn On. Surprise ! Cette fois, vous allez la découvrir sous un tout autre angle…

Marie, tu crées des flipbooks basés sur des romans déjà publiés, dans lesquels tes dessins se superposent au texte. Est-ce un moyen d’attribuer une nouvelle histoire et une nouvelle vie aux livres dans lesquels tu dessines ?

Bien que lectrice, c’est par l’image animée que je m’exprime. Mon travail sur les « livres flippés » va dans deux directions : d’une part, j’anoblis un livre à grand tirage et lui confère un statut de pièce unique, d’autre part, je le pousse vers les écrans et les réseaux sociaux, quitte à le dénaturer en le recouvrant d’images, et peut-être que j’accélère sa disparition, son remplacement. Dans tous les cas, mes dessins sont toujours en lien avec le livre, j’ai tendance à dire que c’est en fait un portrait du livre : parfois moqueur, parfois fidèle, parfois pas.

Comment l’idée de dessiner dans des livres est-elle née chez toi ?

Au départ, c’était un pied-de-nez à la médiathèque qui m’invitait pour un atelier flip-book. Quand la médiathécaire « désherbe » ses rayonnages (c’est leur mot !), elle n’a plus vraiment le droit d’interdire de dessiner sur les livres. Avec les enfants, on a dessiné sur les mauvaises herbes​.Et puis je dois avouer que ce mouvement en stop motion, qui est commun à toute la série de flip-books, m’a fascinée ! Présenter la couverture du livre, et hop !, on plonge dans le film qu’il contient… J’ai tellement aimé que j’ai continué bien au-delà des exemples préparés pour l’atelier.

Cette année, tu reviens aux Rotondes dans le cadre de Turn On pour créer un phonotrope géant ! Qu’est-ce qui t’a inspirée à te lancer dans cette aventure audacieuse ?

C’est avant tout une confiance mutuelle : j’ai vu l’élégance, la justesse, l’esprit généreux de Flip-Off, et j’ai reçu aussi beaucoup de confiance de l’équipe des Rotondes, même en n’ayant vu que des ombrellotropes, soit 300g d’animation rotative. Aujourd’hui, le disque du phonotrope géant que j’ai créé pèse 48kg…

Ce qui me motive, outre le passage à un plus grand format, c’est la dimension collective que pourra prendre l’expérience, en rassemblant les spectateurs autour d’un large disque.

Comment ce phonotrope prend-il vie et quel est le rôle du public dans ce processus ?

Le phonotrope prend vie quand le public lance le moteur, et ouvre la caméra de son smartphone. En effet, à l’arrêt on voit de nombreux dessins presque similaires tout autour du disque, mais quand le disque tourne à la bonne vitesse, ces dessins « se superposent » sur l’écran du smartphone qui affiche trente photos par seconde. Et alors, c’est l’animation, c’est-à-dire les légères variations d’un dessin à l’autre, le mouvement dessiné, que l’on perçoit. A l’œil nu, c’est autre chose (je déteste quand mes spectateurs disent qu’on voit moins bien !), c’est la rotation du disque qu’on perçoit, c’est-à-dire du flou : ça va vite.

Ta création illustre le conte du Joueur de flûte de Hamelin. Pourquoi ce choix ?

Ma mère est conteuse amateur et formatrice de conteurs, autant dire que j’ai grandi au milieu de contes. J’espérais trouver un conte comportant exactement 24 personnages pour correspondre au nombre de phases d’animation que je dessine, mais hélas…les 40 voleurs d’Ali Baba sont 40, les 12 frères sont 12, l’ogre du Petit Poucet a sept filles. Ne trouvant pas de conte avec le nombre 24, Joueur de Flûte de Hamelin m’est apparu comme une option intéressante, car il fait disparaître une multitude de rats et d’enfants, sans qu’on en connaisse le nombre exact !

Pour illustrer l’histoire, je peins des spirales de rats et d’enfants qui convergent vers le joueur de flûte. Mon travail va finalement mettre en évidence le parallèle que l’histoire initiale trace entre les rats et les enfants.

Créer un phonotrope géant, c’est un sacré défi ! Peux-tu nous en dire un peu plus sur les différentes étapes de ce processus créatif ?

Au début, avec les Rotondes, on a hésité sur le nombre de phases et la vitesse à donner au phonotrope géant. Une rotation deux fois plus lente implique deux fois plus de dessins, qui permettent de dire « hop ! hop ! » au lieu de « hop ! ». C’était tentant, mais j’ai préféré garder le tempo auquel j’ai l’habitude, et pouvoir dessiner deux fois plus grand. Que les spectateurs aient du recul.

Après, j’ai quand même un peu hésité sur l’histoire, qui m’effraie, au moins en tant que parent. Quand on pense qu’il y a tant de contes qui finissent bien, où le faible devient puissant…Quel défi de se coltiner cette cruelle histoire de vengeance !

Il me reste à ce jour beaucoup d’obstacles à surmonter, car le disque vierge ne m’a pas encore été livré. Je crois que le plus grand obstacle sera de ne pas pouvoir vérifier mon animation, la mécanique ayant été conçue au Luxembourg, mais j’ai peint tellement d’ombrellotropes que je pense être capable d’y faire face !

Avant de créer ce phonotrope, tu as inventé les « kitchenotropes » et les « ombrellotropes ». Parle-nous de ces inventions !

Dans l’ordre d’apparition, les kitchenotropes sont une série d’assiettes en carton, que j’ai transformées en phonotropes pour gramophones. « Assiettotrope », ça ne sonnait pas bien. Cette série a mérité d’autant plus son nom le jour où, ayant grillé un électrophone laissé dehors en pleine canicule, je n’ai trouvé que ma moulinette de cuisine pour faire tourner et voir mon animation !

Cet incident m’a donné confiance pour basculer vers l’ombrelle, qui m’apparaissait auparavant trop inconstante, trop manuelle. Venir du court-métrage et donc du cinéma, c’est venir d’un monde motorisé, cadencé. Quand j’ai constaté que l’ombrelle permettait à elle seule de créer une animation sur un smartphone, j’ai écrit et déposé le brevet de l’ombrellotrope. Je n’aurais en effet jamais su fabriquer et vendre un moteur, mais je concevais plus facilement la fabrication et la vente d’ombrelles.

Mes recherches sur l’ombrellotrope ont été menées pendant le premier confinement, et j’ai déposé le brevet le 1er octobre 2020. Avant toute considération commerciale, l’ombrellotrope répondait à mon besoin de « ne pas rester chez moi », d’assurer ma propre protection (solaire ou autre), de délimiter mon espace, et enfin, de diffuser mon art là où c’était encore possible, que ce soit dans la rue ou sur les réseaux.

Quelles émotions ou réactions espères-tu véhiculer à travers cette nouvelle création ?

En premier lieu, un émerveillement, mais aussi une meilleure compréhension du smartphone qui joue un rôle fondamental dans mon projet.

J’espère aussi que les spectateurs, qui vivront la même illusion sur leurs différents smartphones, échangeront autour de l’œuvre. Je pense que ce sera facilité par la référence au conte, germanique d’origine, et mieux connu au Luxembourg qu’en France.